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26 décembre 2013 • 7 min de lecture

Accident : ça n'arrive pas qu'aux autres.

Jeudi 1er août 2013, 8h50. Jour le plus chaud de l'année. Je glisse sur le ventre, tout en levant la tête. Ma moto me précède, sur le flanc, générant de belles étincelles par son frottement contre le bitume.

Accident : ça n'arrive pas qu'aux autres.

Un brouhaha, puis je m'arrête. Elle aussi, 10 mètres devant. Alors c'est vrai : ça n'arrive pas qu'aux autres.

La lecture de nombreux témoignages d’accidents, responsables ou non, ainsi que le visionnage de nombreuses vidéos d’accidents moto (des plus bénins qui font sourire aux plus graves qui secouent) permettent de capitaliser une sorte d’expérience collective et d’en tirer certaines leçons.

Chaque histoire est différente, et pourtant on observe souvent parfois quelques points communs.


Les circonstances de l’accident

J’arrivais de l’A13, en direction de Paris, et je rejoignais le périphérique sud. Sous le tunnel, j’anticipe ma traversée de voies et change donc progressivement (mais néanmoins sans traîner) et successivement de file pour me placer sur la deuxième file en partant de la gauche. Un nuage de motards passe sur l’interfile. Un coup d’œil dans le rétro pour la rejoindre à mon tour mais je vois du monde au loin, qui arrive à bonne allure. Je décide de rester sur ma voie.

Le trafic roule relativement lentement, disons entre 40 et 50 Km/h, ce qui n’est pas si mal pour un matin. Soudain, la voiture à ma gauche se rapproche. Franchement. Pas de clignotant pour indiquer son changement de file, pas de regard pour surveiller son angle-mort et, cerise sur le cheesecake, pas de rétroviseur extérieur droit ! Oui, c’est certes légal, bien que ce point soit tout de même aberrant, mais dans ces conditions, n’est-il pas primordial de vérifier doublement avant de bouger ? La conductrice n’a pas dû partager ma réflexion, car elle est venue se mettre en biais, légèrement devant moi, tout en ralentissant. Super. Génial.

J’essaie de l’éviter en me décalant sur ma voie, mais elle veut vraiment changer de file, apparemment. Dommage. Ma jambe et l’extrémité gauche de mon guidon viennent rencontrer sa carrosserie droite. Pour être plus précis, le guidon s’est encastré puis, la différence de vitesse aidant, j’ai littéralement sillonné son côté droit. Mon pied a été protégé par le bloc de la boite de vitesses et son cale-pieds. Toutefois, la violence du contact l’a arraché dans la foulée.

Le setup de la scène au moment de l'accident

A ce moment, le temps s’arrête.
J’ai deux options : soit je continue comme ça, et je vais vraiment finir sur/dans la voiture, voire faire un vol plané au-dessus, car elle continue de tourner et me barre donc de + en + la route, soit je fais un mouvement d’urgence pour contre-balancer la moto de l’autre côté (vers la droite), et la coucher en tentant de m’en éjecter délibérément. J’opte pour cette dernière solution, car je juge qu’il s’agit de la moins risquée. Je couche la moto, la voiture s’écarte sur la gauche, la moto part donc devant, et moi, qui ai atterri sur la hanche droite, je glisse maintenant sur le ventre. Nous y voilà. Les gerbes d’étincelles, mon incrédulité face à la situation. Le dépit.


Les conséquences de l’accident

La machine

Étant assez prévoyant de nature, j’avais choisi de protéger un peu ma machine, au cas où : tampons de protection et écopes de radiateur. Bien m’en a pris. En effet, du fait des circonstances de l’accident, vous l’aurez compris, ma moto a été abîmée d’abord sur le côté gauche qui est entré en contact avec la voiture, puis sur le côté droit, sur lequel elle a glissé sur quelques mètres. L’impact ayant eu lieu à +/- 30Km/h, les dégâts ont été plutôt superficiels. Aucune pièce mécanique, à l’exception du sélecteur de vitesse, n’a été touchée. Malgré cela, le devis de la réparation a été… conséquent !

Mais jugez plutôt par vous-même, à l’aide de quelques photos prises avec mon téléphone pendant que j’attendais le deuxième remorqueur (pardon pour la qualité) :

Lorsque j’étais au sol, j’ai vu le trafic s’arrêter, les motos également, et un scooteriste ainsi qu’un motard en Harley-Davidson se sont précipités pour me venir en aide, relevant la moto et m’aidant à la sortir de la route, ce qui ne fut pas une mince affaire, la troisième étant enclenchée au moment de l’arrachage du sélecteur, et les freins étant collés au disque. Autant dire qu’il a fallu soulever tout l’avant pour la faire rouler, et les 210Kg se sont fait sentir. Je remercie ces deux personnes pour leur aide. Le motard bosse chez HD dans le 15ème arrondissement de Paris, et je crois me rappeler que son prénom est Thibaut. Thibaut, si tu me lis, je te salue bien bas. C’est gentil de m’avoir également proposé ton témoignage en cas de besoin.

La conductrice s’est arrêtée, un peu inquiète mais pas trop non plus. Je la soupçonne d’avoir effectué sa manœuvre avec son téléphone en main, elle ne l’a pas lâché durant le remplissage du constat et ça expliquerait le manque total d’attention au volant. Mais passons. Un constat a été dûment rempli et l’échange a été très cordial, sans un mot plus haut que l’autre. J’étais 0% responsable, et les assurances ont été très honnêtes. Le processus de dédommagement/remboursement a toutefois été long en raison des congés estivaux, car les ateliers Yamaha ont fermé trois semaines et l’assurance n’acceptait de verser les fonds qu’une fois les réparations effectuées.

Le motard

En ce qui concerne le poireau pilote, il n’a lui aussi eu que des blessures superficielles : une blessure d’érosion au bras (comprendre « une grosse égratignure »), malgré le blouson en cuir qui a été plaqué contre la voiture puis qui a frotté, avec la différence de vitesse, ainsi qu’un bel hématome à la hanche, du fait de la chute. Ce n’est pas un miracle. Je roulais doucement, j’étais complètement équipé, malgré les 39°C à l’ombre et les 80°C de ma machine. Vous pouvez voir les stigmates sur mes protections et sur ma peau, dessous.

Il va sans dire que l’équipement a grandement réduit la casse. L’équipement de qualité coûte cher, c’est un fait. Je pense que c’est une dépense à impérativement intégrer au budget moto. Mieux vaut une moto moins puissante, moins neuve, avec moins d’accessoires, mais qui permette de garder assez de budget pour une protection complète du motard que l’équation inverse (équipement motard minimum, budget moto maximum). Malheureusement, quand on voit encore les inconscients estivaux en t-shirt, jean et baskets sur des sportives, on se dit qu’il y a encore du chemin à faire au niveau des mentalités…


Lessons learned?

A mon sens, si je devais donner un top 3 du comportement à adopter pour une sécurité optimale, ce serait le suivant :

  1. Humilité : ne pas répondre à la provocation, ne pas céder à la tentation de l’orgueil. C’est très difficile. On est sur des machines légères, puissantes, et parfois certains collègues ou certains automobilistes cherchent à marquer leur territoire et incitent à la course sur route ouverte. C’est grisant, c’est tentant, l’adrénaline monte, rien qu’à l’idée. Mais c’est aussi là qu’on commet les erreurs, que l’on met en danger les autres et que l’on se met en danger soi-même. Rester humble sur la route, c’est valoir mieux que ça. C’est être responsable. Et ne pas oublier que le danger est partout, même si vous êtes irréprochable.
  2. Concentration maximale : si vous êtes fatigué(e), soucieux(-se), malade, préoccupé(e), bref, si vous n’êtes pas en pleine possession de vos moyens, le pire est à craindre. Ce n’est pas pour rien qu’on n’écoute jamais de musique à moto. Nous sommes plus vulnérables, plus mobiles, moins visibles, plus rapides. Conduire sans être alerte, c’est avoir une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Et je ne parle même pas de l’alcool et des stupéfiants.
  3. Principe de précaution : si vous ne le sentez pas, n’y allez pas, ne le faîtes pas. Restez à l’écoute de votre intuition, et préférez toujours la solution de la sécurité.

Épilogue

Après m’être acquitté des 4594,94€ dus (oui, vous avez bien lu !), j’ai récupéré ma machine début septembre, complètement réparée. La seule différence se situe au niveau des top blocks, d’une autre marque que ceux d’origine. Leur forme est plus effilée, ça ne me dérange pas. Aujourd’hui, tout va toujours parfaitement, si ce n’est quelques consommables qui tirent la langue : pneus d’origine Bridgestone BT021 qui ont 18.500Km à leur actif, et j’ai dû remettre un peu d’huile moteur car ça consomme un poil en conduite dynamique. Bientôt la révision des 20.000Km, et certainement les plaquettes de frein à prévoir. Bref : une note autour des 700€ ! 🙁 Mais la moto est une passion coûteuse, je savais dans quoi je m’engageais en signant le bon de commande !

Malgré ces quelques conseils et mon retour d’expérience, nul n’est à l’abri alors n’oubliez jamais votre discernement quand vous enfourchez votre machine bien-aimée, ni que prudence et courtoisie rendent la route meilleure pour tous.


Une compilation de chutes en vidéo dans différents contextes :