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14 mars 2021 • 7 min de lecture

Il était une fois... la Triumph Daytona 675

Ah, la Daytona... Un nom mythique, pour une meule mythique. Elle a fait rêver toute une génération, elle a été encensée par la presse pour l'équilibre de ses prestations, apparemment superlatives.

Il était une fois... la Triumph Daytona 675

Une chasseuse de chronos, la terreur des moyennes cylindrées. Un OVNI au milieu des 4 cylindres 600cc avec son tri-cylindres, compromis idéal entre nervosité et allonge.

La légende

Le Graal de tous les possesseurs de Street Triple 675, dans les années 2000 et 2010, parfois même redoutée par les hypersports à cause de son agilité, résultat d'un châssis acéré et de suspensions efficaces. Sa partie cycle aussi précise qu'un scalpel, conjuguée à son moteur 3 cylindres volontaire et son poids très contenu lui permettaient de compenser sa moindre puissance et d'accrocher plus gros qu'elle dans les pifs-pafs. En somme, redoutable sur les petits circuits.

Un peu de contexte

Avant elle, je n'avais connu que des 4 cylindres. Deux 600cc, d'abord, pour apprendre. Puis un 800cc, trait d'union encore raisonnable, à travers le pataud (bien qu'attachant) Yamaha FZ8. Puis, j'avais pris mon ticket pour la cour des grands avec un XJR1300. Quel pied. Un super daily, peu économique en carburant mais si plaisant au quotidien. Enfin, j'avais décidé de muscler mon jeu et de sortir de ma zone de confort en adoptant le S1000RR.

Un nouveau monde, sans commune mesure avec tout ce que j'avais pu connaître auparavant. Une puissance infinie, en ce sens qu'elle semblait ne jamais s'essouffler. Impossible d'atteindre ses limites sur route. L'électronique me gardait en vie lorsque j'étais téméraire. Et puis, une opportunité : celle de rouler sur piste, avec des amis. Mon baptême du paddock. J'étais à la fois excité à l'idée de cette expérience, et inquiet de vautrer cette pièce d'orfèvrerie qui me servait aussi de daily. N'était-ce pas un peu inconscient de risquer, du haut de mon inexpérience sur piste, de mettre au tas une moto un peu chère et de me retrouver piéton et endetté ?

Le début de l'aventure

Je prenais l'amère décision de la revendre, aussi par instinct de survie. Elle était effrayante d'efficacité, et rassurante par ses assistances. Donc, doublement effrayante. Et, chose pouvant sembler rare de nos jours, j'aime bien vivre, en fait.

Je trouvais deux annonces concurrentes et bien opposées. Celle d'un XJR quasi neuf à prix cassé me rendait impatient et nostalgique, heureux à l'idée de retrouver mon daily si apprécié pour une nouvelle aventure. Mais aussi celle d'une légende, d'une curiosité de toujours, jamais envisagée jusqu'alors, parfaite pour les promenades solo à rythme dynamique++ et pour poser les roues sur piste : on parle évidemment de la Triumph Daytona 675.

L'annonce

Elle était moins neuve que le XJR, c'était un exemplaire de 2010. L'annonce était plutôt cool :

  • 18.000km seulement
  • ressorts de fourche hyperpro + huile Öhlins
  • amortisseur de direction Hyperpro
  • suspension racing Geomoto Matris (800€)
  • shifter up
  • commandes reculées avec sélection inversée (réglable en normal)
  • protections carbone partout + tampons partout
  • protections de carters GB Racing
  • disques pétale Braking à l'avant
  • plaquettes Brembo métal fritté normal
  • démultiplication modifiée en -1 +2 pour gagner de la gouache (2 crans à l'accélération)
  • deux carénages complets en bon état (un route, un piste)
  • un tas de pièces de spares, y compris des pneus piste

Impeccable. Achetée un 15 juin, pour un roulage piste le 30, ça me laissait en revanche peu de temps pour faire connaissance avec elle sur route. Je retrouvais quelques points de comparaison avec la BMW, comme la position, le shifter, le moteur qui ne demande qu'à prendre des tours de façon indécente (entrée en zone rouge à 16.000 tr/min sur la Dayto, tout de même ! Et rupteur à 18.000 tr/min). En revanche, ça faisait 5 ans que je n'avais plus touché une moto de moins de 1000cc et j'aurais dû mieux m'y préparer, je pense.

A la poursuite des vibreurs

La session piste a servi à briser la glace car les deux premières semaines, j'ai très peu pu la rouler, finalement.

Double découverte, pas forcément un contexte idéal ; il y avait déjà bien assez à faire avec la découverte du circuit, de ses contraintes, de ses règles, de l'énergie incroyable que ça donne et que ça consomme à la fois, de l'adrénaline, des frustrations et des plaisirs. Mais ça c'est bien passé et la journée a été une réussite, malgré un bac final à la dernière session, ce qui m'a conforté dans mon choix de ne pas venir avec le S1000RR, même si j'aurais sûrement roulé moins fort, que je connaissais mieux la moto, qu'elle avait une meilleure électronique, etc. Je ne saurai jamais comment ça se serait passé avec la BMW. Mais je sais que j'étais content que ce soit une "vieille" Dayto en carénages piste qui ait mangé du gravier.

Pas de bobos ni pour elle ni pour moi, hormis le superficiel, elle a vite revêtu sa robe de route et c'était presque ni vu ni connu.

La Daytona sur route

Finalement, c'est après la piste que je l'ai découverte sur route. Et on s'est bien amusés, il faut le dire ! Quel châssis, mazette. On me parlait d'une moto légère, agile, d'un scalpel, aux trajectoires précises, aux mises sur l'angle rapides et faciles, d'une stabilité étonnante, et d'une rage moteur jubilatoire. Tout était vrai, même si je lui reprochais (peut-être injustement) de manquer de moteur. Mais tout est relatif... Au final, très fun sur route malgré une absence totale de confort (quel tape-cul ! Le RR était un canapé à côté !), effectivement on passe très fort en courbe, elle se place très bien, ça accroche méchamment avec des SuperCorsa 2 puis des PowerRS... Une vraie petite teigne.

Le bilan

Maintenant, j'ai eu du mal à trouver légitime son statut de légende. Est-ce comme pour les films dont on nous fait trop la promotion, au point qu'on est tenté de les bouder pendant un bon moment, et lorsqu'on les voit, on prend du plaisir mais on se refuse à trouver qu'ils étaient si géniaux que ça ? Sûrement.

Si je devais donner un avis synthétique sur ma Daytona 675, je dirais que cette moto n'usurpe rien des qualités qu'on lui prête sur sa partie cycle, mais qu'elle m'a laissé sur ma faim côté moteur. J'ai trouvé qu'il fallait l'essorer comme un 600cc pour la faire avancer vite, ce qui est relativement logique au final, mais la presse vantait son couple, son 3 cylindres. Et pour moi, déception. Mais je ne suis pas non plus un pilote, et les experts de la piste en tirent sûrement beaucoup plus de satisfaction.

Enfin, d'autres désagréments ont certainement faussé ma perception de cette moto, notamment le fait qu'elle chauffe énormément (ce bloc est connu pour ça, ces motos crament des stators et régulateurs de tension comme les KTM crament les kits chaîne avec les wheelings de leurs proprios, haha), ou le fait que mon tracker ait régulièrement vidé sa batterie, en en tuant une première et en attaquant avec véhémence la seconde, neuve, au lithium. Mais c'est la faute du tracker, et peut-être aussi d'une petite fuite de courant supposée. Reste que je me suis retrouvé avec une moto dont je n'étais jamais certain qu'elle allait démarrer, et ça n'aide pas à l'apprécier.

J'ai trouvé cette moto ambivalente, mais les défauts que je lui ai trouvés ont pour la plupart, avec le recul, été dûs à la comparaison avec l'incomparable : je sortais d'un S1000RR de 2014, 200ch pour 200kg. Et je découvrais une moto certes teigneuse mais ne pouvant délivrer plus que ce dont un 675cc est capable, et c'était normal.

J'ai fini par la revendre pour ne conserver que le XJR, car elle ne m'amusait plus tant que ça au quotidien, et puis j'ai aussi fini par revendre le XJR car comme pour le premier, j'arrivais un peu aux limites de ses prestations et j'avais envie de plus, mais ça, c'est une autre histoire.

Epilogue

Quelques pistes à suivre, pour aller plus loin :

L'essai sur piste

Comptes Instagram à suivre